Je ne me souviens plus avoir fait un brouillon
Je ne t’ai pas vraiment dessinée non plus
Je t’ai juste écrite avec mes petites mains frêles
Couchée directement sur le papier à gros carreaux

A ce moment-là nous devions être trente-huit
Regards plongés sur les feuillets doubles
Trois doigts qui tiennent le stylo en transpirant
Et les deux autres qui s’enfoncent dans les trous

L’inspiration arrive doucement, je vois par la fenêtre
Un énorme camion d’équarissage, le troisième
Car depuis ce matin des tas de bêtes sont mortes
Mais ça ne me sert à rien pour analyser l’inconscient

J’ai envie de suivre une cure plutôt qu’un cours
Faire table rase des connaissances de l’enfance
Ne pas me servir de mes souvenirs pour les nourrir
De me désintoxiquer et de prendre quelques vacances

Mon voisin se gratte la plume sur la joue droite
La gauche est déjà pleine d’encre rouge de biologie
Il marmonne, ses lèvres bougent et racontent l’histoire
Son brouillon il le mâche comme un cheval le mors

Rien n’est plus histoire de philosophie que de rêvasser
Peut-être qu’ils sont là les plus beaux moments de la vie
Avoir les yeux qui traversent les vitres pour sortir
Faire un tour de parking ou de pré, et revenir travailler

J’aurai préféré écrire des lettres à mes lointains amis
Leur dire que tout est toujours histoire de philosophie
Qu’on s’éloignera sans doute les uns des autres
Mais qu’il restera couché sur le papier une interrogation

J’ai envie de suivre une cure plutôt qu’un cours
Car je m’en sortirai mieux pour la note finale
Pas besoin de passer des heures à regarder le plafond
En attendant que se remplissent les lignes de dissertation